A l’origine…

L’intersectionnalité, concept créé en 1989 par l’américaine Kimberlé Williams Crenshaw et Emma DeGraffenreid consiste à mettre en valeur les discriminations particulières qui s’ajoutent les unes aux autres à l’encontre des femmes afro-américaines. Emma DeGraffenreid avait porté plainte en 1976 contre General Motors pour discrimination sexiste et raciste, mais l’entreprise s’était défendu en avançant qu’elle employait des femmes et des noirs. Le concept d’intersectionnalité permet de démontrer l’oppression caractérisée à l’encontre des femmes noires puisque toutes les autres femmes étaient blanches et que tous les noirs étaient des hommes.

«Si elles se présentent comme victimes de discriminations fondées sur le sexe, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres femmes, blanches, ne rencontrent pas les difficultés dont elles se plaignent. Si elles se présentent comme victimes de discriminations raciales, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres Noirs, des hommes, ne rencontrent pas les mêmes difficultés qu’elles.»

Mais quel serait l’apport de cette approche pour la lutte des classes ?

La bourgeoisie capitaliste se moque bien de la couleur de peau, chaque couleur de peau dans chaque pays a d’ailleurs sa bourgeoisie, si ouvrir ses frontières pour exploiter une main d’œuvre immigré lui rapporte davantage de profit alors elle ouvre grand ses frontières. Si pour abaisser les salaires et profiter de la concurrence entre ses employés dans l’accès des femmes au salariat alors elle facilitera leur embauche. La récupération politique de la pensée intersectionnelle a pour effet de fragmenter les luttes en fragments toujours plus réduits, et s’assurer ainsi de ne jamais réellement mettre en danger l’exploitation capitaliste.

Cette idéologie de l’intersectionnalité emprunte sa grille de lecture à l’extrême droite, conduisant souvent à une vision interclassiste où les personnes de mêmes sexes ou de même couleur de peau auraient plus en commun que des personnes d’une même classe sociale. La lutte contre le racisme ou la domination d’un sexe sur l’autre est contenue dans l’universalisme de la lutte des classes. On ne mène pas le combat contre le racisme en racialisant la question sociale, on ne mène pas la lutte contre le sexisme en essentialisant l’autre sexe, ce n’est pas en focalisant sur des micro-combats que le capital sera menacé.

Tenir compte de discriminations spécifiques n’est rien de plus que le marxisme de base dont Marx disait par exemple que « dans la famille, l’homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du prolétariat», mais l’intersectionnalité comme seule méthode politique remet en cause la centralité de la classe sociale. Cette approche exclusive conduit au clivage de « non-mixité », à la prétendue nécessité de réhabiliter la « question raciale » ou « question sexuelle »  chère à H Bouteldja, R Diallo, É Fassin et consorts.

Toutes les luttes doivent être menées de front et en convergence, la convergence allant vers la lutte de classe qui nous concerne tous. Il n’y a aucune pertinence à prétendre à un « privilège blanc » et son pendant au masculin alors que la lutte antiraciste consiste précisément à faire comprendre à tout le monde, femmes et hommes, travailleurs d’origines immigrés, blancs ou non-blancs, que nous appartenons à la même classe avec les mêmes intérêts.

Non, l’intersectionnalité n’est pas un dépassement du marxisme et il ne vient d’ailleurs pas d’une de ses militantes, c’est une thèse bourgeoise créée par une bourgeoise.
Cette vidéo du Camarade Charles, dont la chaîne présente un certain intérêt, nous en apprend plus sur K W Crenshaw :

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