Brigade anti-sexiste

La Brigade Anti Sexiste est un collectif créé en 2016 se revendiquant de la lutte contre la publicité sexiste dans l’espace publique, son action se manifeste par ses autocollants et tags qu’elle colle sur des publicités sexistes.

La publicité est un problème de société aux effets pervers et insidieux qui concerne toutes les catégories de populations, l’espace publique en est tellement remplie qu’on n’y fait même plus attention. L’association Résistance à l’Agression Publicitaire estime qu’on reçoit plus de 1200 messages publicitaires par jour; en effet la pub est partout, panneaux et écrans dans l’espace public y compris dans les transports et les magasins, télévision, téléphone, bâches de chantier, radio, véhicules promotionnels, etc.

Le culte de l’apparence, du « tout, tout de suite », l’esprit de compétition, le matérialisme, le conformisme, la violence souvent mais aussi le sexisme, la minceur et l’éternelle jeunesse sont des mythes et des envies pulsionnelles générés par l’abrutissement de ces faux-besoins.

Élément indispensable du capitalisme, la publicité nous endort et nous berne par l’illusion du bonheur par la consommation. Il y aurait beaucoup à dire sur ce problème et nous vous conseillons l’excellent livre « No logo » de Naomie Klein pour approfondir le sujet.

Lutter contre le sexisme dans la publicité, à commencer par l’espace publique, est un combat nécessaire, mais il serait bon d’expliquer et de lier les autres formes d’anéantissement mental dû à la publicité plutôt que d’en reproduire le schéma discriminant. Prendre le problème dans son ensemble et ne pas en combattre juste une caractéristique au risque d’en invisibiliser d’autres nous paraît sage, mais ce n’est pas le choix d’engagement de la Brigade Anti Sexiste.

Pourtant lorsqu’on cible un sujet il est de bon ton de bien le connaître, le sexisme dans la publicité concerne les deux sexes et ce quel que soit l’âge ou la couleur de peau; or ses militantes n’ont pas fait le choix d’élargir leur action aux discriminations faites contre les hommes.
La BAS s’explique ainsi : « Le sexisme on considère que c’est un système dont les victimes sont les femmes, donc il place les femmes en position de dominées et les hommes en position de dominants et du coup c’est pour ça qu’on a décidé de ne pas coller d’autocollant « sexiste » sur une publicité pour hommes, tout simplement parce qu’on considère que ça éparpille un peu l’action et que les publicités présentent les femmes de façon où elles sont victimes, instables, faibles, en position de faiblesse ou hyper sexualisées alors que les hommes sont plutôt présentés en position de force, plus ancré dans le sol, la mâchoire serré. C’est pour ça qu’on a pris la décision de pas coller des autocollants « sexiste » sur les pubs qui mettent en scène des hommes. »

A cela nous répondons qu’elles feraient mieux de laisser ce combat à ceux qui le maitrisent car en réalité ce sont elles qui « éparpillent un peu l’action ». Les stéréotypes véhiculés par la publicité sont discriminatoires envers les femmes comme envers les hommes mais aussi les jeunes enfants qui sont encore plus perméables à cette communication qui s’impose à eux. Si les hommes finissent par se sentir fort et reproduisent ces schémas d’oppression c’est parce que les publicitaires s’adressent indifféremment à eux aussi, il faut donc dénoncer les clichés sexistes dans les deux sens.

Une communication exclusive qui ne défend que les femmes revient à reproduire le schéma d’oppression qu’elles prétendent combattre.

Ces clichés se distillent chez les plus jeunes, filles ou garçons, ils forgent l’idée qu’en fonction de nos organes sexuels on aurait des capacités, compétences et même des personnalités différentes jusqu’à apparaître à l’âge adulte sous forme d’agressions, de discriminations, de reproductions de représentations sexistes ou d’idées reçu exprimées sans gêne et sans fondement.

Les femmes sont concernées par les idées véhiculées par la publicité mais les hommes le sont tout autant, il faut lutter contre l’image de l’homme virile comme il faut lutter contre l’image de la femme-objet. Nous pensons que le meilleur moyen de faire perdurer les inégalités est de ne pas les combattre, or toutes ces discriminations, qu’elles soient issu du schéma de soumission ou du schéma de domination, forment le fil d’ariane des violences faites aux femmes en premier lieu.

Par ailleurs les publicités utilisent aussi les hommes comme des présentoirs, les présentent dans des poses suggestives issues des codes de la pornographie, partiellement démembrés et également parfois réduit à la fonction d’objet. Malheureusement nous n’avons jamais vue d’autocollant des BAS sur les publicités sexistes à l’encontre des hommes, pourtant il y en a (voici quelques exemples)…

Des actions en justice auprès de l’ARPP comme le fait le GES nous paraît plus efficace que coller des autocollants pour dénoncer les clichés à l’encontre d’un seul des deux sexes. Lorsque les hommes sont considérés comme des marchandises, des objets, des objets sexuels comme de vulgaires produits de consommation, c’est tout le genre humain qui est rabaissé.

Ces publicités génèrent des frustrations véritablement blessantes et dégradantes pour la dignité des hommes. Si nous voulons faire disparaître les discriminations il faut s’attaquer à la base du problème. Il faut expliquer l’origine et l’importance de la publicité dans le système capitaliste, dénoncer les dérives de ces publicités, combattre les structures qui permettent leurs diffusions et plus encore leurs diffusions sexistes et surtout unir le peuple derrière ce combat au lieu de laisser la moitié de la population aussi diabolisé que rabaissé.

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