Du grand journalisme !

Le 5 du mois dernier le e-zine bourgeois « Slate » nous sortait une énième ineptie sur l’obligation que subiraient les femmes de porter le nom de leurs maris, absurdité entérinée à nouveau deux semaines plus tard par son auteure, histoire de bien enfoncer le clou tout en essayant de maquiller ses délires.

Cette réponse que nous y faisons vise à rétablir certaines vérités.

Si le second article commence par préciser la loi en vigueur (ce que le premier article a soigneusement omis d’énoncer) il déclare aussi que «(…) les entreprises et administrations ont décidé qu’une femme mariée devait utiliser le nom de son mari (…)» et on ne peut s’empêcher de se demander qui, quand, comment et pourquoi les entreprises et administrations auraient décidé de cela car nous ne le constatons pas dans les faits ?
L’article continue d’ailleurs en citant le cas d’un homme pénalisé par la torpeur administrative puis celle d’une femme dont l’employé de mairie a pris soin de s’assurer de son consentement. Pas vraiment de discrimination à l’encontre des femmes là-dedans…
Voire même un contresens avec le titre de l’article « Le patriarcat, bordel de nom ».

Puis vient ensuite une interview citée comme appuyant la preuve que les logiciels participent de la lenteur du changement administratif et clairement explicite sur le non-lieu de l’accusation « (…)L’idée reçue selon laquelle la femme change de nom quand elle se marie n’a jamais été vraie. Elle adopte un nom d’usage qui est celui de son époux, s’il est d’accord et si elle le veut. », ou encore «L’inertie est calquée sur l’usage et peut-être aussi sur les modes de fonctionnement : les formulaires ne sont pas forcément faits en interne mais confiés à des prestataires qui répondent à des appels d’offre et qui eux-mêmes ne sont pas très informés. ».
On conviendra que si tout ce qui participait au bon fonctionnement de la vie sociétale était nationalisé, ce genre d’irrégularités seraient grandement réduites et ne seraient pas le fait d’une décision des entreprises et administrations comme avancé au début de son second article.

Un minimum de rigueur et de connaissance politique auraient aussi éviter cette double sottise quant à la prétendue « absence d’organisme vers lequel se tourner qui punirait les entreprises ou administrations qui imposent la subordination patronymique », car les Comités Sociaux Économiques sont justement aptes à imposer aux directions ce genre de modifications, et les tribunaux le sont tout autant pour imposer aux administrations le respect des lois en vigueur. Donc non, tout le monde ne « s’en fout » pas, il y a des instances dans ces cas précis, il suffit de se renseigner.

Au-delà de tout ce qu’on pourrait broder autour des impaires dans ces articles, il y a la raison de ceux-ci : la croyance en un patriarcat et en celui-ci qu’il imposerait aux mariés une certaine tradition. Cet héritage du passé n’a plus cours légalement, d’ailleurs le nom de famille devrait être considéré d’abord dans l’intérêt de l’enfant, et comme un droit de l’enfant.

Affirmer ce genre de propos, en systématisant un « abus d’usage de nom » permet d’invisibiliser toutes celles et tous ceux pour qui le choix d’utiliser ou non le nom de son conjoint ou de sa conjointe n’a pas posé de problème.
Prenons, par exemple, certaines professions qui, culturellement et traditionnellement utilisent leur nom de famille plutôt que celui de leur mari ou femme : médecins, avocats, restauratrices…

Rappelons également qu’à la question de Mr F. Petit (modem), publiée au JO du 12/05/2020, n°29374, sur le maintien du respect du statut juridique de la femme et du statut social de l’épouse, et notamment en ce qui concerne les noms sur les documents administratifs et en dehors des administrations , la réponse fait simplement référence au cadre légal (01/12/2020) : En application de l’article 225-1 du code civil « chacun des époux peut porter, à titre d’usage, le nom de l’autre époux, par substitution ou adjonction à son propre nom dans l’ordre qu’il choisit ». Cet usage, qui concerne indifféremment l’époux ou l’épouse, porte sur le seul nom de famille du conjoint (nom d’usage marital) et non sur le nom dont ce dernier peut lui-même avoir usage (nom d’usage filial). Cette réponse est complétée par une seconde : (…) dès lors qu’une personne mariée a expressément indiqué choisir comme nom d’usage le nom de son ou de sa conjointe, en l’ajoutant ou en le substituant au sien, c’est ce nom d’usage qui doit alors être utilisé par l’administration, y compris dans les courriers qu’elle adresse aux usagers et cela en vertu de l’article L. 111-3 du code des relations entre le public et l’administration issu de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes (…) Et inversement, si une personne mariée n’a pas manifesté un tel choix, c’est son nom légal qui doit figurer sur tout document qui lui est adressé.

Comprenons ici, qu’on ne peut pas, par contre, utiliser, alétoirement un nom d’usage ou un nom de naissance… Ce qui, en soit, est parfaitement logique !

Devons-nous réellement envier la Grèce, citée comme référence parce qu’elle interdit aux femmes mariées de porter le nom de leur mari (sauf à avoir beaucoup d’argent à dépenser) ?
Peut-être alors conseiller le PACS plutôt que le mariage ?
On pourrait aller, du coup, au coeur du vrai débat : l’intérêt de l’institution du mariage…

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F et A