La petite camarade

Alexandra Mikhaïlovna Domontovitch, probablement l’une des révolutionnaires les plus vigoureuses et prolifiques sur la question de la place des femmes et pourtant pratiquement oubliée aujourd’hui. Morte deux fois, elle a légué un héritage si dense et si particulier que cet extrait biographique n’a pas pour objectif d’instrumentaliser en n’en rappelant qu’une portion de ses combats au travers de sa vie.

Elle devient marxiste et adhère au POSDR en 1898, c’est à cette période qu’elle commencera à devenir une actrice du mouvement ouvrier avec son premier article paru dans la presse. S’ensuivront des centaines d’autres, traduits dans plusieurs langues de par le monde, ainsi que plusieurs livres, dont des romans, là aussi traduits dans plusieurs langues ; polyglotte, elle traduira même un livre de Lénine et écrira avec lui « A qui sert la guerre » ! Sa production politique compte également de très nombreuses conférences sur plusieurs continents et concernera surtout la libération des femmes et sa place dans la société nouvelle. Elle créera le Jenotdel et la journée internationale des femmes ainsi que le premier congrès pan-russe des femmes ouvrières. Mais loin d’être réduite à l’image d’une romantique déchaînée comme ont tenté de le faire ses détracteurs, la Walkyrie de la révolution fut la rédactrice de la position de l’Opposition Ouvrière, elle porta sa critique à la tribune telle une théoricienne avancée !

Sa vie riche et fragmentée dont les actes s’opposeront parfois à ses pensées sont à replacer dans le contexte de l’époque, car à la fin du 19ième siècle le rôle de la femme en Russie était presque exclusivement relégué au domaine domestique et les grandes purges staliniennes qui suivirent terrorisèrent la population et nombre de militants de la première heure dont elle faisait partie.

Dotée d’un caractère affirmé et d’un certain esprit d’indépendance elle refusera un mariage arrangé à 17 ans et se mariera par amour trois ans après à l’ingénieur Vladimir Kollontaï, contredisant son père. De ce mariage ils auront un fils, Mikhaïl, elle gardera le nom du père toute sa vie et lui délèguera la majeure partie de l’éducation pour militer et devenir « Alexandra Kollontaï ».
Son mariage qu’elle trouva routinier épuisa sa première passion amoureuse, elle se sépara 5 années plus tard, elle profitera de son éducation avancée pour partir à Zurich, contre l’avis de sa mère, étudier l’économie politique, probablement intéressée par cette question suite à sa découverte du mouvement ouvrier à st-Petersbourg.

Dès le début de son parcours politique, elle commencera par écrire livres et articles sur la Finlande en 1898 et se fera surtout connaître à travers «La vie des ouvriers Finlandais». Consciente de la force ouvrière grandissante dans ce pays elle crée le premier fonds de grève finnois», elle restera passionnée de la situation de la Finlande toute sa vie. Au cours de ses voyages et de ses activités militantes diverses elle rencontre Rosa Luxemburg, les Lafargue, Kautsky et Plekhanov mais aussi Lénine, elle mettra son talent d’écrivaine au service des Bolcheviques comme des Mencheviques même si elle se reconnaît chez ces derniers, puis elle deviendra Bolchevique en 1903.

Arrive la révolution Russe de 1905, elle rentre alors en Russie pour participer au soulèvement et créera un club de femmes qu’elle animera durant deux ans. Elle écrit «De la lutte des classes» et s’éprend de Piotr Maslov, figure du Parti, avec qui elle aura une liaison adultère, elle le suivra à l’étranger en se cachant de sa femme… Son caractère lui dictait de s’affranchir des formalités et des usages, quand elle en avait envie… Maslov la gagne petit à petit au Menchevisme, sa Kollontaïka  rentre dans le parti, elle écrit «La Finlande et le socialisme» et travaille beaucoup dans la clandestinité. A partir de 1906 AK défendra l’idée que les ouvrières ne devaient pas être autonomes mais qu’il fallait au sein du parti un bureau spécial ou une commission pour défendre et représenter leurs intérêts. Elle dira d’ailleurs «malheur à l’ouvrière qui croirait à la force invincible de l’individu isolé !» et «Les commissions veilleront non seulement à ce que les femmes soient admises avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes dans le Parti (…) en combattant toute séparation et toute particularisation de l’ouvrière».

Au congrès de Manheim elle rencontre Clara Zetkin, Karl Liebneck et Auguste Bebel. La même année, elle écrira également «Premier calendrier ouvrier».

En 1907 elle participe en tant que déléguée à la première conférence de femmes socialistes ainsi qu’au septième congrès de la seconde Internationale à Stuttgart. Là-bas elle y rencontre Lénine, Trotski, Lounatcharski ou encore Litvinov.

En 1908, AK dû s’enfuir de Russie car elle était recherchée pour son organisation des ouvrières du textile et pour son appel à l’insurrection qu’elle lança dans son livre «La Finlande et le socialisme». Équipée d’un faux passeport et d’un faux nom elle continuait de militer et ce fut une camarade qui lu son texte contre les féministes bourgeoises lors du premier congrès des femmes de Russie. Une grande partie de son activisme en tant que marxiste a consisté à dénoncer le féminisme bourgeois car les dynamiques de pouvoir ne se fondent pas sur le genre mais sur l’appartenance de classe : «Le monde des femmes est divisée, tout comme celui des hommes, en deux camps; les intérêts et les aspirations d’un groupe de femmes les rapprochent de la classe bourgeoise tandis que l’autre groupe a des relations étroites avec le prolétariat, et ses exigences d’émancipation représentent une solution intégrale à la question féminine. Donc, quoique les deux camps partagent le slogan général de la «libération de la femme», leurs intérêts sont différents. Chaque groupe prend inconsciemment comme point de départ les intérêts de sa propre classe, ce qui donne une empreinte de classe spécifique aux objectifs et tâches qu’ils se fixent.» mais encore «Mais, s’écrieront les esprits réalistes, «tout cela aura lieu dans l’avenir, dans un avenir lointain[…] Mais nous voulons travailler et lutter non seulement pour le bonheur des générations futures, mais pour celui de la notre». Juste et légitime revendication ! Mais qui en dehors des socialistes y apportera une réponse ? Adressez-vous aux féministes, demandez-leur ce que la femme doit faire maintenant pour que tout le poids du joug familial ne repose pas sur elle, elles se mettront à vous donner des conseils que nous connaissons déjà : «exigez le divorce plus facile», «exigez la suppression du mariage religieux», «la séparation des biens», «ignorez les formes extérieurs du mariage et suivez hardiment les inclinations de votre coeur» ! Mais devant cette cascade de desiderata féministes l’ouvrière écartera les bras perplexe mais toutes ces «réformes», elles n’auront qu’une faible répercussion sur les intérêts les plus immédiats et les plus urgents des femmes de la classe ouvrière !»  Elle considère le renversement du régime capitaliste par la dictature du prolétariat comme une condition indispensable de l’émancipation des femmes : la fin des inégalités ne passe pas par un travail spécifique de promotion des femmes, mais par la transformation totale de la société mettant tous les prolétaires (sans distinction de sexe) sur un pied d’égalité : «Sous l’impact des succès monstrueux du capitalisme, les couches moyennes de la population sont frappées par la vague de la paupérisation. Les changements économiques ont rendu la situation financière de la petite et moyenne bourgeoisie instable, et les bourgeoises sont face à un dilemme qui prend des proportions inquiétants, soit accepter la pauvreté, soit réaliser le droit au travail. [… ]Les femmes issues de la bourgeoisie rencontrent, pour la première fois, une résistance acharnée des hommes. Une rude bataille oppose les hommes installés dans les professions supérieures, attachés à leurs « petites niches douillettes » et les femmes nouvelles dans les métiers, prêtes à gagner leur pain. La lutte a donné naissance au « féminisme », cette tentative des bourgeoises de rassembler leurs forces pour s’opposer à l’ennemi, les hommes. Alors qu’elles venaient tout juste de rentrer dans le monde du travail, ces femmes se sont elles-mêmes présenté comme l’ « avant-garde du mouvement des femmes ». Elles oublient qu’en ce qui concerne la lutte pour l’indépendance économique, elles ne faisaient que, sur d’autres terrains, suivre les pas de leurs petites soeurs et récolter les fruits des efforts entrepris de leurs mains cloquées.
Est-il vraiment possible de dire que les féministes sont les pionnières de la lutte pour le travail des femmes, quand dans chaque pays des centaines de milliers de travailleuses ont déjà occupé les usines et les ateliers, rentrant dans chaque branche de l’industrie, bien avant que le mouvement féminin bourgeois ne soit né ? Ce n’est que grâce au fait que le travail des femmes prolétariennes ait eu une reconnaissance sur le marché mondial que les bourgeoises ont pu occuper une position indépendante dans la société, dont les féministes sont si fières.
Il est pour nous difficile de trouver un seul fait dans l’histoire de la lutte des travailleuses pour l’amélioration de leurs conditions matérielles auquel le mouvement féministe en général a contribué de façon majeure»

Exilée jusqu’à la première révolution bourgeoise de 1917 la bolchevique en jupon séjournera d’abord en Allemagne puis dans plusieurs pays et écrira alors «Bases sociales de la question féminine» où elle citera Engels et Bebel. Elle ira avorter à Zurich, ce qui n’était pas une mince affaire pour l’époque.
En 1908 elle adhère au  Parti Social Démocrate Allemand qu’elle représente au deuxième congrès puis au Parti Ouvrier Belge et écrit «Les fondements sociaux de la question féminine», elle militera également au Danemark, en Italie, en Suisse, en Angleterre et en France où elle se fit de nombreux contacts et amis.
En 1910 elle crée la «Journée Internationale des femmes» avec Clara Zetkin, célébrée chaque années depuis le 8 mars 1911 (au premier plan, au centre, tenant la main de son amie Clara Zetkin) :

C’est en 1911 qu’elle tombe amoureuse d’Alexandre Chliapnikov, figure du Parti, bien plus jeune qu’elle et Bolchevique convaincu, elle quitte alors Maslov. Cette année-là elle tiendra une conférence sur «La famille et la prostitution» en Suède où elle tiendra un discours radicalement abolitionniste : «La prostitution en tant que phénomène social, est le fruit naturel de la société contemporaine». Pour elle, la prostitution est un fléau lié à l’exploitation de l’homme par l’homme, qui concerne particulièrement les femmes et les enfants. A l’heure de l’édification du socialisme elle considère les prostituées comme inutiles à la société et était contre la pénalisation des clients. Chliapnikov et Kollontaï furent amoureux durant 5 ans et à leur séparation ils garderont des liens d’amitié fort ainsi qu’une riche correspondance politique.

En 1914 pendant la guerre elle fut arrêtée en Allemagne et expulsée en Suède où on l’arrêta à nouveau, fidèle à ses idéaux marxistes elle militera contre l’union sacrée des pays et des organisations inféodés à l’ordre bourgeois car elle se battait contre le militarisme et pour l’internationalisme. C’est à cette occasion qu’elle rejoignit les bolcheviques, elle co-écrira d’ailleurs avec Lénine «A qui profite la guerre». Elle passera des mois à discourir auprès des marins pour qu’ils cessent la guerre, montant sur les navires de guerre jusqu’alors interdit aux femmes. Tout en oeuvrant clandestinement en Russie elle milita aussi aux États-Unis et en Norvège qu’elle atteignit en traversant la Suède équipée de faux papiers car elle y était «interdite à jamais» par le pouvoir en place.

Elle rompt avec Chliapnikov en 1916 mais restera en très bon terme avec lui; cette année-là elle écrira encore sur l’un de ses thèmes qu’elle connaissait si bien «La société et la maternité». Elle veut «séparer la cuisine du mariage» en développant la restauration collective, des entreprises ménagères et des blanchisseries. Elle élabore tout un ensemble de structures permettant de libérer du temps et du travail harassant les mères et les épouses dans la société future.

En 1917 AK abrège son exil contraint suite à son livre «La Finlande et le socialisme»,  à cette époque où la conscience de classe perçait de plus en plus fortement dans la société elle devra parfois son salut dans la rue à des camarades car ses positions anti-guerre la faisait passer pour une traître à sa patrie, d’ailleurs son retour en Russie ne passe pas inaperçu et elle est emprisonnée par les gardes de Kerensky pour «préparation d’émeutes en vue de renverser le gouvernement provisoire». Les forces en présence s’écharpaient férocement et c’est sous la pression des Bolcheviques que le gouvernement provisoire accorda le droit de vote aux femmes en juin 1917, mais la conscience de classe au sein d’une situation déjà insurrectionnelle continuait son ascension parmi les couches du peuple… Seule détenue politique de sa prison la Bolchevique en jupon y sera retenue ainsi que Trotski, Lénine, Zinoviev, Boukharine, Rykov, Kamenev, Staline et Sverdlov où elle sera élue, elle aussi depuis sa prison, membre du Comité Central en tant que «Commissaire du peuple à l’assistance publique». Ce fut la première femme de l’histoire membre d’un gouvernement. (Alexandra Kollontaï à la gauche de Lénine et derrière elle son futur mari, Pavel Dybenko) :

La révolution victorieuse des Bolcheviques installa Lénine et ses camarades au pouvoir en Octobre 1917.

Active et écrivant quasi-quotidiennement dans le journal du parti (La Pravda), la transformation socialiste de la société s’amorçait à travers des conquêtes comme l’obtention du droit au divorce par consentement mutuel, l’égalité salariale, les congés payés de maternité de 16 semaines et l’égalité de reconnaissance entre enfants légitimes et naturels. Les changements ne s’arrêtaient pas là, le Parti proclama aussi l’abolition de l’instruction religieuse dans les écoles de jeunes filles dont AK pensait que la religion était un frein à l’émancipation des femmes, ils optèrent pour le droit à l’autodétermination des élèves dans les écoles de filles et procédèrent à la réorganisation des orphelinats. Ils créèrent des foyers pour les plus pauvres et les enfants des rues, malheureusement nombreux à cette époque. Ils créèrent un office central pour l’aide à la maternité et à l’enfance, ils rendirent les maternités gratuites et intensifièrent leurs constructions puis ils construisirent un centre d’accueil pour les invalides de guerre et supprimèrent les peines de prison pour les homosexuels. AK fut la première femme à être élue au comité exécutif du soviet de Petrograd et ensuite membre du comité exécutif panrusse, à cette époque chacune de ses nombreuses conférences faisaient salle comble et certains membres du Parti se montraient très attentifs à ses thèses, qu’elle parle du logement, de sa théorie de «l’amour-camaraderie», des rapports amoureux dans le cadre bourgeois et son adaptation dans le cadre prolétarien…
Ses réflexions se portaient toujours vers les relations femmes/hommes d’un point de vue de classe, elle militait pour la révolution des moeurs, que la société ne s’immisce dans les affaires privées d’un couple que si l’un ou l’autre des partenaires est malade, elle défendra un nouveau modèle familial et avait déjà des décennies d’avance sur l’amour libre !
Elle prônera l’idée que «la société doit reconnaître toutes les formes d’union entre les sexes» car «si l’on veut lutter pour libérer la femme du joug familial, il faut diriger ses flèches non contre les formes même des rapports conjugaux, mais contre les causes qu’elles ont engendrées.»

Elle forme un couple avec Pavel Dybenko, figure du Parti et bien plus jeune qu’elle également, avec qui elle se mariera en mars 1918. Ce mariage civil fut contracté tactiquement par sa Colombe pour pouvoir lui rendre visite en tant qu’épouse lors de sa détention au kremlin. Dybenko fut arrêté pour avoir démissionné de ses fonctions de Commissaire aux affaires navales, en effet, outré par le traité de Brest-Litovsk il se déchargea de ses fonctions et demanda à être remplacé, ce désengagement permit aux Blancs de s’emparer de la ville de Narva. Ses adversaires dans le Parti en profitèrent pour projeter de le fusiller et faire pression sur Kollontaï car ils souhaitaient qu’elle dissuade les matelots de se rebeller. Elle rendit sur le champs sa démission, c’est pour cela qu’elle ne resta que quatre mois aux plus hautes fonctions de l’état. Suite à son acharnement à sauver son mari elle obtint sa libération sous «caution de sa femme légitime», ils s’enfuirent dès le lendemain ! Ce fut Lénine, qui leur portaient une certaine aversion, qui garantit un jugement populaire au couple de fuyards, AK prépara le discours de défense et s’en sortirent bien. Elle accepta des missions de propagande afin de prouver son allégeance et son mari reparti au front.

Kollontaï écrira le texte «La famille et l’état communiste» en Novembre 1918. L’année suivante elle fut nommée Commissaire à la propagande dans le gouvernement révolutionnaire d’Ukraine, elle crée aussi le Jenotdel avec Inessa Armand ainsi que son journal et succèdera à sa camarade lorsqu’elle décèdera.
Dans le même temps se créait la fraction Opposition Ouvrière qui réclamait le contrôle de l’industrie par les syndicats et un contrôle plus démocratique du Parti par les travailleurs eux-mêmes et contre la Nouvelle Politique Economique.
Elle militait comme à son habitude, activement, et c’est en novembre 1920 que la République Socialiste Fédérative de Russie fut le premier pays au monde à légaliser l’interruption volontaire de grossesse.
L’année suivante AK ralliera l’Opposition Ouvrière dont elle rédigera les positions qu’elle défendra à la tribune. Ses adversaires au sein du Parti devenaient de plus en plus nombreux.
Elle se suicidera politiquement en quittant l’Opposition Ouvrière qui sera dissoute en mars suite au vote de la suppression du droit de fraction; ce onzième congrès fut marqué par les premières exclusions au sein du Parti. Elle sera ensuite membre du secrétariat international des femmes du komintern en tant que secrétaire générale, puis sera éloignée de la vie politique de Moscou en étant nommée en mission diplomatique en Norvège.

Son éloignement contraint participa à provoquer son divorce d’avec Dybenko en 1923, celui-ci se tire une balle dans le coeur par chagrin mais survécut malgré cela ! Cette même année elle écrivit «La femme à un tournant décisif» et «La situation de la femme dans l’évolution économique» mais également un roman «Les amours des abeilles travailleuses» ainsi que des articles sur la liberté sexuelle qui furent violement critiquées, comme souvent.

Elle devient la première femme au monde à devenir ministre plénipotentiaire et se fit remarquer pour ses qualités de diplomate.
Elle fut ensuite nommée au Mexique toujours en tant que ministre mais aussi représentante commerciale, en cette même année elle sortira son troisième roman «Le grand amour» mais surtout son autobiographie «But et valeur de ma vie». Son exil lui pèse et l’envie de combattre la bureaucratisation et les dérives autoritaires du Parti la conduisent à se confier à son nouvel ami Marcel Body, diplomate lui aussi, dont elle avortera plus tard. Il lui conseille de rester dans le Parti et de survivre pour mieux les critiquer dans ses mémoires. Dès l’année suivante, en 1927, commence les assassinats et les déportations des anciens membres de l’Opposition Ouvrière, cette répression durera plus de dix ans et s’étendra bien au-delà des seuls anciens cadres du Parti…

«La débauchée» refusa de s’unir à ses anciens ennemis, pourchassés par le régime stalinien, et repart en Norvège effectuer du mieux qu’elle pouvait son travail de diplomate.

En 1930 «l’immorale» prouvera son allégeance à Staline en rédigeant deux articles contre l’opposition afin d’améliorer son existence car elle était critiquée et diffamée, mais surtout elle apprenait que ses camarades d’hier « disparaissaient » les uns après les autres. La frayeur s’était faite plus forte que tout…
Dans les années qui suivirent elle publia «Amour libre» et «La femme nouvelle et la classe ouvrière» car elle était toujours déterminée à améliorer le sort des femmes. Pour ses loyaux services AK sera décorée de l’Ordre de Lénine ce qui s’ajoute à ses deux autres médailles de «l’Ordre du drapeau rouge du travail», elle continuera de militer et animera des séminaires.
En 1936, comme tout le monde en cette terrible période de grandes purges, elle écrira dans ses mémoires qu’elle a peur.

Particulièrement douée dans sa mission diplomatique soviétique qu’elle conjugue avec sa volonté d’être ambassadrice de la paix, AK obtiendra l’armistice entre l’URSS et la Finlande en 1940, pays qu’elle aimait profondément. Cette année là elle quitta la Finlande pour la Suède et en 1944 elle devient la première femme ambassadrice dans le monde.

En juillet 1945 Staline détricota les avancées qu’elle avait obtenues en décrétant que seul le mariage enregistré à l’état civil était reconnu, en compliquant la procédure de divorce et déposséda de leurs droits les enfants nés hors mariage et interdit aussi la recherche de paternité. En somme il copia la législation hitlérienne. Deux mois plus tard elle négociait habilement l’armistice avec la Roumanie… Ultime humiliation, elle fut nommée à un vague poste de conseillère au ministère des affaires étrangères afin de bien lui faire comprendre qu’elle n’était plus rien pour le politburo. C’est là qu’elle tronçonne ses mémoires pour en enlever ce qui pourrait lui être fatal, elle ira même jusqu’à faire l’éloge de Staline…
Elle prend sa retraite et tente d’intercéder sans relâche pendant des années pour améliorer l’avenir de son fils et de son petit-fils, elle terminera le restant de ses jours plongée dans ses lectures.

En 1946 l’ambassadeur du Mexique se rendit à son appartement pour lui offrir la médaille «Aguila Azteca», cette modeste reconnaissance lui apporte un peu de réconfort et s’ajoute à la suppression de la peine de mort par Staline car elle y était très opposée, sauf que le Guide Suprême agit par pur intérêt propagandiste…

Elle ne réussit pas à améliorer la situation de ses descendants et succomba à une crise cardiaque en 1952, un an avant le rétablissement du droit à l’avortement…

Son corps repose dans le cimetière réservé aux personnalités importantes du régime.

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