Le problème est social

Avec environ 6 millions d’immigrés, et surtout environ 12% de la population totale née à l’étranger, la France reste depuis des milliers d’années un grand pays d’immigration.
La France est également un pays de chômage, autour de 10% de chômeurs suivant les années mais ce chiffre augmente (et au-delà du nombre de chômeurs c’est la paupérisation qui grimpe en flèche). Et dans la masse des chômeurs, la proportion des chômeurs immigrés ou issus de l’immigration est plus forte que la proportion des chômeurs français de naissance ou français issus de famille autochtones; le taux de chômage des étrangers venus des pays extérieurs à l’union européenne est par exemple de 50% environ.
Ces quelques éléments statistiques ont servi pendant longtemps à justifier les discours démagogiques et xénophobes récurrents de notre extrême-droite. « S’il y a du chômage en France c’est à cause de l’immigration« , « immigration = chômage » ou autres préjugés vulgaires que le RN s’est bien sûr beaucoup plu à entretenir; « les immigrés viennent en France et ne veulent pas travailler, ils viennent seulement profiter des allocations chômages et familiales« , « ils ne veulent pas s’intégrer…« .

Aujourd’hui les mêmes faits servent de justification d’une autre vision racisante des évolutions sociales. Si le chômage touche plus les immigrés que les français natifs , si le « modèle d’intégration est en panne », c’est parce que la société française était raciste et qu’une partie de sa population l’est encore ou fait preuve de préjugés xénophobes !
Après les émeutes de novembre 2006, le problème des discriminations raciales devient la préoccupation n°1 de nos médias de masse. On bloque le débat sur la crise des banlieues autour du thème explicatif central des discriminations raciales, du racisme en milieu d’entreprise, ou dans les organisations politiques.
On veut expliquer mal les causes de la surreprésentation de l’immigration dans la masse des chômeurs et de sa sous représentation dans la minorité de notre élite politicienne et financière pour ne pas avoir à répondre des solutions aux problèmes réels.

Pas plus que c’est l’immigration qui est la cause du chômage en France, ce n’est pas le racisme de notre société qui explique les forts taux de chômage de l’immigration !
Et ce n’est pas non plus la xénophobie présente dans nos institutions qui devrait expliquer que 60 à 70% des délits sont commis par des personnes issues de l’immigration selon les directions centrales de la sécurité publique et de la police judiciaire. Le chômage de l’immigration comme le faible nombre de représentants des non-blancs dans les hautes sphères du pouvoir politique et économique n’est pas le fait d’un racisme, il est d’abord le fait d’une situation économique et sociale.
S’il y a plus de chômage dans l’immigration ou s’il y a plus de délinquants dans l’immigration, c’est avant toute chose parce qu’à côté d’une immigration relativement faible de cadres, patrons et riches oisifs, l’immigration française est une immigration populaire. L’immigration en France est ouvrière et employé, elle est moins qualifiée que les populations autochtones et ne dispose pas ni du patrimoine, ni du capital social et culturel des classes moyennes de notre pays. Parce que les populations immigrées sont surreprésentées dans les classes d’en bas, elles sont tout naturellement aussi surreprésentées parmi ceux qui souffrent de la désorganisation économique, du chômage, de la précarité, de l’exclusion, de l’anomie sociale et de la misère culturelle de notre société. Pour les mêmes raisons exactement, les populations issues des immigrations récentes, celles du Maghreb et d’Afrique Noire sont peu ou pas représentés dans certains cercles de l’élite dominante et elles sont très représentées dans la population qui bonde les prisons du pays.

S’il n’est pas question de nier les discriminations spécifiques, dans une société multi-ethniques et inégalitaire par essence, le combat principal, le combat utile aujourd’hui n’est pas là. Notre devoir n’est pas celui de mener une lutte contre telle ou telle injustice, mais de mener l’offensive contre l’ordre économique actuel qui produit un chômage structurel de masse !

C’est en combattant le désordre capitaliste qu’on peut créer l’unité des travailleurs de toutes les origines et abattre les préjugés raciaux qui entravent encore plus l’unité nécessaire. C’est en détruisant l’ordre inégalitaire, l’ordre oligarchique de la finance, en détruisant l’ordre anarchique du capitalisme que nous aurons non pas combattu les discriminations raciales et les relents xénophobes, mais qu’on les aura bel et bien éliminés.

Tant qu’il y aura des pauvres et des riches, tant que des différenciations sociales coïncideront avec des différences de couleurs de peaux ou d’origines nationales ou religieuses, des types de populations sembleront davantage discriminées par rapport à d’autres. Les classes dominantes cultiveront la rancoeur et la jalousie raciale, non pas parce qu’elles seraient racistes, mais parce qu’elles se servent des divisions et elles aiment faire débattre des discriminations raciales, des discriminations positives, de la représentation de telle ou telle couleur de peau sur la scène politique. Le problème est social et ne pourra être résolu qu’en changeant la société, en remplaçant la bourgeoisie française blanche dominante par le prolétariat, qu’il soit jaune, blanc, métis, noir ou bleu. La nouvelle classe dominante de demain doit être le peuple prolétarien, seul à même de transformer notre société pour l’équité sociale et la paix universelle !