Stratégie de la division

Les collages dits « contre les féminicides » créés par l’ancienne FEMEN M. Stern début 2019 ont pour buts de rendre hommage aux victimes de violences conjugales ainsi que de sensibiliser sur l’inaction des pouvoirs publics à agir efficacement contre les violences faites aux femmes. Sans hiérarchie et présent sur tout le territoire le mouvement des colleuses s’est imposé dans l’espace publique, parfois couverts par des arrêtés municipaux…

Si les violences contre les femmes restent pleinement d’actualité, qu’il est vital d’intensifier la communication et la formation, y compris en direction des générations à venir pour changer les choses en profondeur, il s’agit néanmoins d’utiliser la bonne méthode et les bons termes… Alors que pouvons-nous espérer de ce mouvement ?
Historiquement le féminisme fut principalement porté par l’idéal socialiste et reste aujourd’hui encore majoritairement tractée par celui-ci, mais la pensée socialiste traverse de nombreux courants et se traduit de bien des façons. Certains courants recherches l’égalité sociale, d’autres visent aussi l’égalité économique, d’autres encore se cantonnent à la réduction des inégalités existantes et enfin les socialistes révolutionnaires considèrent que ces inégalités ne peuvent disparaître qu’avec la disparition du capitalisme. C’est bien sûr cette dernière position que nous défendons.

Nous ne considérons pas qu’ « attirer l’attention du gouvernement » puisse permettre de résoudre quelque problème que ce soit, tout en le critiquant en parallèle, surtout lorsque parmi ce gouvernement se trouvent certains ministres dont les propos sexistes sont bien connues.

Il faut choisir son camps, soit les serviteurs du capital sont partie prenante du système, soit il suffirait d’en changer pour des personnalités plus qualifiées tout en conservant la société tel qu’elle est. Visiblement des colleuses pensent qu’une auteure misandre, une actrice, une chanteuse ou encore une psychiatre suffirait à résoudre les problèmes qu’elles dénoncent sans rien changer de notre société.
La confusion entre le socialisme révolutionnaire qui considère que seule la transformation complète de notre société permette la suppression des violences et l’illusion d’une solution messianique incarnée par des personnalités montre la méconnaissance du problème de fond : la nature du capitalisme.

M. Salmona a produit nombre de réflexions auxquelles nous souscrivons par exemple, mais même une citoyennes avertie ne pourrait de toute façon rien changer car les raisons des inégalités économiques sont propres au système capitaliste, les violences sexistes auront forcément court dans une société sexiste basée sur la compétition et les formes de harcèlement n’ont pas de raisons de disparaître dans une société où le niveau intellectuel n’est élevé qu’au service d’une productivité toujours croissante. C’est le système lui-même qu’il faut changer, l’ennemi commun n’est pas « l’autre », l’ennemi commun se cache aussi en chacun de nous, dans l’illusion que des réformes ou des remaniements pourraient apporter l’équilibre et la paix et dans l’absurde croyance que l’homme contiendrait par essence la violence dont souffre notre société. L’héroïsation de personnalités sacralisées ne correspond pas à notre vision de l’avenir construite par le peuple lui-même, notre destin ne devrait pas se substituer aux volontés d’élites quelles qu’elles soient, et encore moins lorsqu’elles sont connues pour leur sexisme revendiqué.

La solution doit venir du peuple, de sa portion la plus consciente de son rôle et de sa puissance, sans fétichisation de qui que ce soit, nous devons nous charger de notre propre libération sans rien attendre d’un quelconque sauveur. Nous ne devons pas nous laisser diviser par des messages haineux ou désignant un genre comme responsable de tous les problèmes, cette fragmentation de la société sert le système qui, lui, sait placer à ses commandes indifféremment des hommes ou des femmes pourvues que leurs politiques servent ses intérêts. La guerre de classe est la seule que nous devons hâter, en commun, car il n’y a pas de guerre des sexes et notre seul camp devrait être celui du monde du travail.

Les colleuses devraient se mettre à la place des hommes qui lisent leurs affiches, de tous ceux qui ne sont pas concernés et qui se voient essentialisés et désignés comme faisant partis du camp des agresseurs. De cette moitié de la population insultée par V. Despentes et A. Coffin. De toutes celles qui dans une logique de lutte des classes se battent pour arriver au socialisme et qui voient cette violence morceler la camaraderie. De toutes celles et de tous ceux animés par la destruction du capitalisme qui constatent que sous couvert d’une cause juste on s’éloigne de l’objectif à travers une subdivision de nos forces.

Le salut est dans l’unité, dans une claire compréhension de la cause des problèmes qui nous concernent et donc dans une stratégie de construction commune entre les composantes du prolétariat sans divisions ethniques ou de genre !

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