Une idée folle

50% de grévistes, une idée folle ?

En juin 2019 Alternative Libertaire enterrait ce qui lui restait de son analyse marxiste et fusionna avec la Confédération des Groupes Anarchistes pour tenter de maintenir sa place dans l’échiquier politique en créant l’Union Communiste Libertaire.

L’UCL publie certains articles issues de l’une ou l’autre des organisations qui la compose pour représenter ses positions, peu lui importe qu’ils datent de 2013 ou qu’ils manquent de rigueur…

Prenons l’exemple de leur article « 8-Mars-Quand-c-est-trop-c-est-la-greve » et voyons comment ils passent du « féminisme lutte de classe » au « féminisme sexiste ».

Tout est dans le titre, l’UCL souligne qu’il y a en effet une réappropriation de cette grande date qu’est le 8 mars pour en faire oublier l’aspect universaliste et révolutionnaire, car il ne s’agit pas de la journée de LA femme mais la journée DES femmes, en effet il n’y a pas un modèle de femme mais bien autant d’individualités que la planète compte d’individus. Mais l’UCL semble oublier l’origine de cette journée, or il ne s’agit pas d’une simple « journée de lutte » et à son origine on y trouve deux grandes révolutionnaires, communistes de la première heure : Clara Zetkin et Alexandra Kollontaï.

Elles placèrent la lutte des classes comme socle analytique de tous les autres combats auxquelles elles participèrent, elles se bâtirent contre le féminisme bourgeois, contre les divisions entre les sexes et furent à l’avant garde de beaucoup d’autres combats !

Donc quand l’UCL prétend qu’une grève des femmes permettraient de se réapproprier cette journée, c’est bien d’une idée folle dont il s’agit, ou au mieux une ignorance politique et au pire un affront à la mémoire des fondatrices de cette date.

Faut-il reciter Clara Zetkin « L’émancipation de la femme, comme celle de tout le genre humain, ne deviendra réalité que le jour où le travail l’émancipera du capital. », et Alexandra Kollontaï « Il faut combattre les préjugés relatifs aux femmes dans les masses du prolétariat masculin, en renforçant dans l’esprit des ouvriers et des ouvrières l’idée de la solidarité des intérêts des prolétaires des deux sexes » ou encore « La libération de la femme en tant que membre de la société, travailleuse, épouse et mère, est donc possible uniquement en même temps que la solution de la question sociale générale, et avec la transformation fondamentale de l’ordre actuel » ?!

Il est clair qu’elles combattaient les divisions au sein du prolétariat et considéraient la situation des femmes travailleuses comme intrinsèquement liée à celle de leurs homologues masculins.

Elles n’appelèrent et n’auraient jamais appelé à une grève des femmes, l’UCL se trompe ou tente de récupérer à son compte une journée en la dénaturant.

Cette « idée folle » fut défendu par quelques militantes de Mix-Cité et de Solidaires en 2012 et sera défendu par elles comme « un succès », mais peut-on parler de succès quand se rassemblent 700 travailleuses environ alors que le pays en compte 52% de 65 000 000 ?…

De leur propre aveu, des syndicats ont boycottés l’appel par refus de non-mixité, comme quoi le syndicat est pertinent en tant qu’outil de politisation des masses ; il est clair que l’UCL n’a pas tiré la leçon de cette impasse et continue de s’y complaire, tout comme d’autres organisations d’ailleurs…

L’intersectionnalité ne créée que divisions et haine de l’autre, or le travailleur a bien plus d’intérêt avec la travailleuse que cette dernière n’en aurait avec sa patronne. Une « grève des femmes » consisterait pour ses dernières à se retrouver ensemble, exploiteuses et exploitées ; s’en est fini de toute lecture de classe, l’ennemi à abattre c’est l’homme et pour cela travailleuses et patronnes font front commun dans une « autogestion » « anti patriarcal »…

Leur politique réactionnaire n’a pas changé sur ce point depuis la logique du talion d’AL où « la peur » constitue l’objectif et « le masculin » incarne la cible, peu lui importe son essentialisme et son optique répressive, l’UCL cherche la polarisation de « camps » au détriment de l’origine de ce problème de société.

Et c’est bien parce qu’il s’agit d’un problème de société qu’il faudrait le traiter comme tel, sans se mettre à dos la moitié de la population en la stigmatisant, les sources du problème sont les conséquences de l’organisation de la société et les rapports qui la composent, mais ce n’est sûrement pas en singeant le gouvernement dans un sophisme inquisiteur que les rapports femmes – hommes s’amélioreront.

Ces affiches reflètent tout le discours de l’UCL, elles ne peuvent malheureusement que provoquer l’indifférence des concernés ainsi que colère et dégoût chez les hommes. Confondre la lutte des classes avec la lutte des sexes ne permet pas de se réapproprier le 8 mars et sa symbolique, tant qu’à combattre la violence en se trompant d’adversaire c’est monter un groupe contre un autre sans toucher au problème, le tout dans une lecture interclassiste assumée.
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Nat